Deux partis, ce n’est pas un choix

Deux partis, ce n’est pas un choix

On aime se moquer des États-Unis parce qu’ils n’ont que deux partis à Washington. Démocrates, républicains. Et nous, fièrement, on se vante en disant : “Ici au Canada, on a plus de choix!”

C’est vrai… au fédéral. On a trois grands partis nationaux, plus trois autres qui représentent des valeurs plus pointues. Ça, ça ressemble à de la diversité politique.

Mais au municipal? Ouf. À Gatineau, le “choix démocratique” se résumera probablement à : Action Gatineau ou Équipe Aubé. Est-ce que ça, c’est vraiment un choix?

Quand j’ai voulu bâtir une troisième voie

J’ai tenté de mettre en place un parti municipal basé sur des valeurs solides et génériques, comme on en retrouve au fédéral ou au provincial. Pas une simple équipe autour d’un nom, mais une vraie structure. Un parti qui aurait permis, entre autres, de tenir une investiture ouverte pour choisir un candidat ou une candidate à la mairie, si plusieurs personnes signifiaient leur intérêt.

J’ai même offert la tête du parti à un candidat potentiel. Il m’a d’abord dit qu’il ne voulait pas se présenter à la mairie. Ensuite, qu’il ne voulait pas être associé à certaines personnes dans l’organisation. Et finalement? Qu’il ne voulait pas d’un troisième parti, pour ne pas diviser le vote.

Et combien d’autres m’ont dit la même chose?

Au lieu d’enrichir le débat démocratique, on a préféré réduire l’offre. Comme si deux partis suffisaient à représenter toute la diversité d’une ville comme Gatineau.

Le paradoxe municipal

Voilà notre contradiction : On se flatte de vivre dans une démocratie riche au fédéral et au provincial, mais au municipal, on bloque l’émergence de nouvelles voix sous prétexte qu’il “ne faut pas diviser le vote”. Conséquence? Des candidatures étouffées. Des citoyens coincés entre deux logos. Et une démocratie municipale qui manque cruellement de diversité.

Le système ou notre attitude?

Oui, le système est fragile. Les partis municipaux se construisent souvent autour d’une figure dominante qui disparaît à la première élection ratée. L'exemple se voit très bien à Québec lors du départ de M. Labeaume. Mais c’est aussi une question d’attitude collective. On préfère les duels clairs aux débats riches. On confond “unité” et “uniformité”. On veut un gagnant et un perdant, pas une vraie pluralité.

Et si on assumait la compétition?

Et si, au lieu de craindre la division, on assumait que plus de candidatures, c’est plus de choix? Et si, au lieu de dire “tasse-toi”, on disait “viens enrichir le débat”?

On aurait :

  • Des campagnes plus vivantes, ancrées dans des réalités différentes

  • Des élus mieux préparés, portés par plus qu’une seule bannière

  • Et surtout, une démocratie municipale qui reflète vraiment sa population

Deux partis, ce n’est pas assez

Je le répète : au municipal, deux partis, ce n’est pas un choix. C’est une illusion de choix. Et c’est une stratégie confortable pour ceux qui veulent garder le pouvoir en gérant les candidatures comme une ligue fermée.

La démocratie, ce n’est pas un duel. C’est une place publique.

J’aime ma ville et je crois qu’on mérite mieux. Et au moins, maintenant, il y a minimalement deux partis. Aux prochaines élections? Assurément un autre et peut-être même un quatrième.

Parce que non, deux, ça ne suffit pas.

Sylvie Goneau

Entreprise

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