Et si la détérioration de la démocratie était votre faute? Que diriez-vous?
Si le silence est élu, regardons-nous dans le miroir
Dans plusieurs villes, il n’y a pas eu d’élection. Juste du silence. Et ce silence, c’est nous.
Entrer en politique, surtout au municipal, ce n’est pas un rêve pour la majorité des femmes. Ce n’est pas enseigné à l’école. Ce n’est surtout pas valorisé dans les médias. Et pourtant, chaque jour, des femmes ordinaires font des choses extraordinaires pour leur communauté étant élue.
Certaines étaient des enseignantes à la retraite. Pensons à Laurie Williams, une retraitée de la politique à Westminster, C.-B. D’autres sont des citoyennes indignées qui, un jour, en regardant une décision du conseil municipal, se sont dit : « Voyons donc, pourquoi personne ne dit rien ? Comme une autre élue dans une ville du Manitoba. » Et c’est comme ça que tout commence.
Un parcours semé de doutes, mais aussi de réalisations
Je ne suis pas arrivée en politique avec des certitudes. Je suis arrivée avec des convictions. Avec l’envie de faire mieux. Et très vite, j’ai appris que le courage, ce n’est pas de gagner tous les votes — c’est de continuer à se lever même quand personne n’écoute, a ajouté la conseillère retraitée du Manitoba, qui demeure restée sous l’anonymat.
En 2017, je disais ceci : « Ce n’est pas simple ou facile de se tenir debout dans un vent à contre-courant pour défendre, parfois seule, ce que nous croyons être justes, bien et vrais. »
Cette réalité, je l’ai connue. L’exemple qui me vient en tête est une motion pour demander à l’administration de préparer une politique d’équité à la suite au travail de table ronde que j’avais fait avec des organismes experts dans ce domaine. Presque seule à la table du Conseil, je défendais l’importance d’un traitement équitable entre les hommes et les femmes. Ils ont voté contre… cependant, je suis heureuse de constater qu’aujourd’hui une politique d’équité des genres existe à la ville. Est-ce que j’ai semé quelque chose des années passées ? Qui sait, ce qui importe c’est que j’étais là pour essayer.
Mais j’ai aussi connu les réussites concrètes :
- Un pavillon communautaire livré, sur budget, approuvé à la majorité et très apprécié des organismes
- La première cellule C-Vert à Gatineau en collaboration avec la Polyvalente Nicolas Gatineau
- Deux associations de quartier créées
- Des projets pilotes pour les corridors scolaires dans 5 quartiers, maintenant implantés partout en ville
- Un mémoire au ministère à Québec qui a contribué à modifier le projet de loi 83 sur le financement des candidats indépendants
- Une politique d’équité des genres, d’abord rejetée… mais portée haut, aujourd’hui adoptée
Mais tout cela ne s’est pas fait sans revers. Michael Jordan a raté plus de 9 000 tirs. Edison a testé 1 000 fois avant d’inventer l’ampoule. Oprah a été congédiée de son premier emploi à la télévision. Est-ce que leurs échecs ont défini leur carrière ? Non. Ce sont leurs essais qui l’ont fait. Et moi aussi, j’ai essayé — parfois seule, souvent contre le courant, mais toujours avec une intention juste.
Et vous. À qui donnez-vous votre pouvoir politique ? Parce que le changement, ça n’arrive pas par magie, ça arrive par les mots, par votre présence, par vos idées, et votre courage.
Et pendant ce temps… la démocratie s’endort
Au Québec, lors des dernières élections municipales en 2021, plus de 500 maires ont été élus sans opposition. 3 601 conseillers municipaux dans 1 091 municipalités ont aussi été élus sans adversaire. 👉 Source : Journal de Montréal – octobre 2025 👉 Données RIMQ
En Ontario, en 2022 :
- 553 postes ont été pourvus sans opposition
- 32 municipalités entières ont vu tous leurs sièges élus par acclamation
- 139 maires n’ont même pas eu à faire campagne
👉 Source : Wikipédia – Élections municipales Ontario 2022 👉 Source : TVO
Et dans certaines régions, le taux de vote est tombé sous les 30 %. Pas de campagne. Pas de débat. Pas de vote. Et toujours cette phrase : quelqu’un d’autre va le faire.
Les élections municipales ne sont pas une affaire du passé. Elles arrivent :
- Ontario : 2026 — Franco-Ontarien et Franco-Ontarienne, il est temps de se lever.
- Alberta : 15 octobre 2029
- Saskatchewan : 2026 et 2028 (selon municipalité)
- Colombie-Britannique : 17 octobre 2026
- Terre-Neuve-et-Labrador : 25 septembre 2029/Small Point-Adam’s Cove-Blackhead-Broad: 14 avril 2026
- Nouveau-Brunswick : 11 mai 2026
- Nouvelle-Écosse : 21 octobre 2026
- Manitoba : 24 juillet et 28 octobre 2026
- Île-du-Prince-Édouard : 2 novembre 2026/municipalités de villégiature : 10 août 2026
- Yukon/TNO/Nunavut : 2025 à 2029 selon structure
- Québec : 4 novembre 2029
Bref, il reste toujours du temps… mais pas pour attendre. Pour se préparer.
Mais que se passe-t-il si personne ne se prépare ? Si personne ne se présente ? À quel moment une démocratie cesse-t-elle d’en être une ? Ce n’est pas de la fiction. C’est une faille bien réelle. Et dans certaines régions du monde, cette faille a été exploitée — volontairement.
Et si la démocratie municipale n’était plus démocratique ?
Et si cette tendance se poursuit ou s’intensifie dans toutes les villes canadiennes… Qui prendra les décisions et comment allons-nous gérer nos villes ?
Si aucune personne ne porte nomination pour les postes municipaux (maire, conseillers), les conséquences dépendraient du cadre légal (la loi provinciale ou municipale en place). Voici les scénarios possibles, observés ou envisageables :
Y a-t-il réellement un dispositif légal en place pour gérer des situations où il n’y a pas ou presque pas de candidats, ce qui empêcherait un conseil municipal de gérer la ville ?
Québec
La Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités (E‑2.2) prévoit certaines interventions ministérielles dans des cas où une élection n’a pas pu être tenue ou n’est pas menée à terme. Par exemple :
- « Le président d’élection doit aviser le ministre… lorsqu’une élection… qui doit être tenue ne l’a pas été. » Légis Québec
Cela suggère que le législateur a conscience que des situations exceptionnelles peuvent survenir. Mais il ne semble pas avoir dans cette loi de disposition explicite disant « si aucun candidat ne se présente, ceci se produit” comme un scénario prévu, un plan B par exemple.
- Il existe un guide officiel pour les candidates et candidats municipaux au Québec avec les conditions, les obligations, etc. Contenu Québec
- Le site du gouvernement du Québec indique les conditions d’éligibilité (qui peut poser sa candidature), mais ne mentionne pas ce qu’il advient si personne ne le fait. Québec+2Québec+2
Sommes-nous l’exception au Canada?
Ontario et d’autres provinces
- En Ontario, le Municipal Elections Act, 1996 (et ses versions modernes) agit comme cadre légal pour les élections municipales, on ne retrouve aucun plan B. Ontario
- Le site “How vacant Council seats can be filled in Ontario” note que si un siège de conseil devient vacant, il peut être pourvu par nomination ou ricochet via une élection partielle. Open Council
- Mais la vacance de siège n’est différente d'“aucun candidat initial”. Ce cas est traité, mais le cadre ne semble pas prévoir explicitement le scénario “aucune candidature déposée du tout” à l’élection régulière.
Ce qu’on peut raisonnablement supposer est les énoncées suivantes :
- Absence de dispositions explicites = blanc juridique -Le fait qu’aucune loi municipale ne prévoit clairement “aucun candidat proposé” indique un vide dans le code. -Cette question doit être rapidement abordée, au municipal comme au provincial.
- Le gouvernement ou un ministère pourrait intervenir -En l’absence de mécanismes clairs, le pouvoir provincial pourrait désigner un administrateur ou faire intervenir un ministère pour gérer la municipalité temporairement. -C’est cohérent avec ce qu’on trouve dans le cadre québécois où le ministre peut intervenir si une élection ne peut être tenue. Légis Québec
- Délai de nomination ou prolongation du délai de candidature -Une solution plausible serait que le président d’élection ou le ministère prolonge la période de dépôt de candidatures, afin de permettre de recruter des personnes. -Quelle serait la qualité de nos candidats et est-ce que le peuple serait plus optimiste à faire un crochet sur un bulletin de vote? -Mais cela exigerait un pouvoir discrétionnaire — ce qui est rarement prévu dans les lois “rigides”.
- Imposition d’un candidat par la province (intervention forcée) -S’il n’y a vraiment personne, la province pourrait nommer un gestionnaire temporaire ou imposer une élection partielle après avoir “activé” un scénario d’exception, mais cela poserait des questions de légitimité démocratique.
- Risque de paralysie municipale -Avec aucun conseil en fonction, pas de quorum, aucun pouvoir budgétaire, aucun règlement, etc. -Le service public, la perception de la légitimité, la gouvernance locale peuvent en pâtir sévèrement.
Et ailleurs dans le monde? Certains gouvernements n’attendent même pas que la démocratie meure — ils l’étouffent volontairement.
L’apprentissage autoritaire et le démantèlement du gouvernement local, comme en Russie, constituent un exemple.
L’article intitulé “Authoritarian learning and the dismantling of local government in Russia”— dans cette étude, nous pouvons constater que l'absence de candidats ou de participation aux élections locales peut ouvrir la voie à un affaiblissement profond de la démocratie.
La Russie a progressivement éliminé l’option démocratique au niveau local, et ce, dans un objectif clair de concentration du pouvoir, de contrôle de l'information, et de réduction de l'opposition. On ne parle pas ici au Canada d’un intérêt politique à éliminer la démocratie, mais peut-être l’inverse, où les citoyens imposent au gouvernement de nous prendre en charge complètement. Ainsi, il élimine le palier le plus près du citoyen.
L’article démontre que, depuis les années 2000, la Russie a activement démantelé les structures démocratiques locales — un processus qualifié d’“authoritarian learning”.
Objectifs du régime :
- Réduire les risques de contestation politique locale
- Empêcher l’émergence de figures indépendantes
- Assurer une ligne directe entre le pouvoir central et l’administration municipale
- Renforcer le contrôle sur les médias locaux et l’information
Moyens utilisés :
- Suppression progressive des élections locales directes (maires élus remplacés par des administrateurs nommés)
- Réformes législatives justifiées sous prétexte “d’efficacité administrative”
- Réplication de ces pratiques dans les régions après des “expérimentations” dans certaines villes
- Punition ou marginalisation des villes où les électeurs choisissent des figures critiques du Kremlin
Conséquences :
- Effondrement de la participation citoyenne
- Érosion de la légitimité des institutions locales
- Centralisation extrême du pouvoir
- Mort lente du pluralisme politique à l’échelle municipale
Ce n’est pas qu’une affaire russe — c’est un risque latent pour toute société où l’indifférence devient la norme, et où personne ne se lève pour représenter ses voisins, ses quartiers, sa ville. Ferons-nous face à des bulletins de vote avec les partis Libéraux, CAQ, PQ, et Québec solidaire au côté des noms des candidats?
“Quand on ne se présente pas, on laisse la place aux pires. ”
Procrastinatrices, levez la main, nous avons besoin de vous!
Alors… qui dans la salle fait de la procrastination? Qui se dit “plus tard”, “pas moi”, “pas maintenant”? C’est votre moment. Il n’y a aucune raison d’attendre. Ça s’apprend sur le tas. Tu établis ton équilibre dès le départ. Tu gères ton horaire. Et tu redonnes un sens à la politique municipale : celle qui sert ta communauté, pas ton égo. De plus en plus de mamans, bébés à la hanche, choisissent de prendre leur place pour le futur de leur famille, la sécurité des enfants et la qualité de vie. Elles gèrent leur ville comme une extension de leur foyer.
J’ai entendu les mêmes histoires à travers le pays. Des femmes qui s’engagent pour apporter une modification mineure et qui font face à l’obscurité, à la partialité et au club des hommes au sein de la municipalité. Un témoignage m’a marquée : « Même si je perdais tous les votes, même si mes propositions étaient rejetées, je savais que je brisais un peu le silence. Dire les choses à voix haute, parfois, ça suffit à ouvrir une brèche. »
Et pendant ce temps, quelqu’un d’autre ne se présente pas non plus.
La résistance à l’autoritarisme…
La politique municipale : le pouvoir au quotidien
Comme l’a dit Raymond Louie, ancien élu de Vancouver : « Le municipal, c’est le seul palier où tu ressens la colère, la gratitude ou la déception des citoyens... le lendemain matin, en marchant dans la rue. » C’est un niveau de gouvernement proche, réel, humain. Et c’est là que les femmes peuvent avoir le plus grand impact.
Nous, les femmes, avons depuis des générations, réglés les problèmes du monde entier autour d’un café, d’un thé ou d’un verre de vin. Rien n’a changé. Sauf que maintenant, la table n’est plus dans la cuisine, elle est à l’hôtel de ville.
Je suis ici pour vous dire que c’est possible. Pas facile. Pas glamour. Mais possible. Et si vous voulez en parler, je suis là. Pour écouter. Pour conseiller. Pour préparer. Pour former. Pour soutenir.
Parce que la politique n’a pas besoin de femmes parfaites. Elle a besoin de femmes comme vous.
Sylvie
