Et si notre démocratie municipale avait besoin d’un électrochoc ?

Et si notre démocratie municipale avait besoin d’un électrochoc ?

Quand Gatineau doit se contenter de deux partis : le piège du choix limité

On aime dire que la démocratie, c’est le pouvoir du peuple. Mais quand le peuple a le choix entre deux logos, est-ce encore une démocratie ? Et pendant que Montréal aligne quatre partis politiques municipaux, Gatineau s’en contente de deux. Peut-être qu’on ne manque pas de citoyens : on manque de choix.

Pourtant, quand plus de 500 maires au Québec sont élus sans opposition, il ne s’agit plus d’un malaise passager : c’est un arrêt cardiaque démocratique

. Il est temps de secouer le patient.

Gatineau publie son premier sondage SEGMA

Derrière les chiffres — 58 %, 36 %, 27 % d’indécis (dont 6 % qui souhaiteraient un autre candidat) — se cache une réalité plus profonde : une démocratie locale qui s’étiole faute d’options crédibles. Ce bulletin explore ce 6 %, ce qu’il révèle, et ce que cela dit de nos villes où le choix diminue au lieu de se multiplier. Le sondage, les chiffres, et ce qu’ils signifient @1047Outaouais a publié le premier sondage SEGMA pour la mairie de Gatineau :

  • Maude Marquis-Bissonnette : 58 %
  • Mario Aubé : 36 %
  • Autres / indécis : 6 %

Le sondage a été mené du 23 au 30 septembre 2025. En date d’aujourd’hui, 204 000 électeurs inscrits (avant vérification). Si on applique le taux de participation de 33 % de la dernière élection, on obtient environ 67 320 votants :

  • 58 % = 38 860 votes
  • 36 % = 24 120 votes
  • 6 % = 4 020 indécis

À peine 20 000 voix peuvent renverser la mairie. Et même si les 6 % d’indécis allaient tous à Mario Aubé, il resterait loin derrière. Autrement dit : être “la seule opposition” ne fait pas de toi une alternative crédible.

Un troisième parti aurait-il changé la donne ?

Cette course à deux têtes révèle surtout une chose : la pauvreté de nos structures politiques locales. C’est exactement ce que j’écrivais dans [« Deux partis, ce n’est pas un choix »] :

« On confond unité et uniformité. On préfère les duels aux débats. »

Ce 6 %, si petit soit-il, dit quelque chose d’essentiel : une partie des électeurs cherche autre chose. Une autre voix. Un ton différent. Une vision au-delà du duel personnel. Ce n’est pas anodin.

Même si les candidatures sont maintenant fermées, ce chiffre prouve qu’un troisième parti avec des valeurs claires et une vision moderne, sociale et responsable aurait trouvé preneur. L’enjeu n’est pas de changer la course actuelle : c’est de repenser la structure démocratique pour les prochaines élections.

Historique et leçons récentes

  • En 2021, Maude Marquis-Bissonnette menait dans les sondages, mais c’est France Bélisle qui a gagné.
  • En 2024, Maude a finalement été élue avec 41,7 % des voix — une victoire fragmentée où Yves Ducharme a perdu par un écart équivalent aux votes d’Olive Kamanyana.
  • Aurait-il gagné s’il avait été la seule opposition ? Même en ajoutant le 6 % d’indécis, la réponse reste non.

Quelques milliers de voix suffisent à changer une élection… mais un duel étouffe les alternatives.

Des villes qui vivent leur démocratie — et d’autres qui la subissent

Là où le pluralisme existe

Des grandes villes canadiennes prouvent qu’on peut avoir plusieurs partis municipaux actifs.

  • Trois-Rivières et Drummondville : six candidats chacun.

Ces villes se disputent des visions, des coalitions et des idées. Le pluralisme existe — même s’il n’est pas parfait.

À Trois-Rivières, six candidats se disputent la mairie. À Drummondville, les électeurs ont aussi le choix entre six aspirants. Ce n’est pas parfait, mais au moins, on vote pour des idées. À Gatineau, on choisit entre deux logos.

Là où la démocratie s’endort

Pendant ce temps, ailleurs au Québec :

  • 563 municipalités comptent déjà au moins un poste sans opposition.
  • 525 maires ont été élus par acclamation avant même le début de la campagne.
  • 3 601 conseillers municipaux dans 1 091 municipalités ont aussi été élus sans adversaire. (Le Journal de Montréal – 6 octobre 2025)

Et ce n’est pas qu’un phénomène rural. Même Montréal, pourtant dotée de plusieurs partis politiques, compte 16 maires d’arrondissement élus par acclamation. À Dollard-des-Ormeaux, Alex Bottausci a été élu sans opposition. (CityNews Montréal) À Deux-Montagnes, le maire et cinq conseillers ont aussi été élus par acclamation. (RIMQ)

Autrement dit : pendant que certaines grandes villes expérimentent le pluralisme, une partie du Québec s’endort politiquement. Et à Gatineau ? On semble préférer moins de choix. Sauf pour ce 6 % d’indécis qui, eux, rêvent d’autre chose.

Le débat d’hier : styles, tensions et silences

Le débat entre Marquis-Bissonnette et Aubé à l'Université du Québec en Outaouais l’a illustré :

  • Maude Marquis-Bissonnette (Action Gatineau) : ton calme, constant, posé.
  • Mario Aubé : ton combatif, parfois percutant, parfois condescendant.

Résultat ? Des électeurs refroidis, d’autres indécis… et aucun souffle nouveau. Si un troisième parti avait existé, il aurait gagné des plumes hier soir. Les Gatinois cherchent plus qu’un duel. Ils veulent des idées, du respect, une vision.

Les Canadiens et les Canadiennes sont habitués à des débats simplistes où deux personnes s’affrontent. C’est ce que les médias présentent de plus en plus. La simplicité du langage politique semble primer dans notre époque. Pourtant, la jeunesse a la capacité de jongler avec plusieurs opinions, messages et orientations. Peut-être est-il temps d’ajouter aux débats municipaux des voix et des enjeux à la hauteur de notre diversité : jeunes, retraités, familles, entrepreneurs, femmes et minorités.

Si les débats ne reflètent pas nos visages, pourquoi irait-on voter ?

Conclusion – et appel

On oublie parfois à quel point la politique peut encore faire vibrer. Souvenons-nous de Gabriel Nadeau-Dubois pendant le Printemps érable : il parlait avec conviction, sans calcul, et a rallumé quelque chose chez toute une génération — un peu comme René Lévesque l’avait fait avant lui. Ce n’était pas la perfection politique, c’était la passion civique. Aujourd’hui, on gagnerait à retrouver ce souffle-là, surtout dans nos villes, là où la politique touche le quotidien.

Je le dis depuis longtemps : Deux partis, ce n’est pas un choix.

Aujourd’hui, les chiffres me donnent raison. Quand une ville de 300 000 habitants n’a que deux partis, c’est toute sa diversité politique qui s’éteint. Le pluralisme municipal n’est pas une menace : c’est une richesse démocratique.

Les Gatinois méritent plus qu’un duel. Ils méritent un vrai débat.

👉 Et vous ? Auriez-vous aimé un troisième choix ?

Sylvie Goneau, consultante en leadership politique et stratégie municipale

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